Compteur et cardio-fréquencemètre à vélo : quelle utilité ?

 


 

La majeure partie des cyclistes, surtout ceux qui pratiquent le vélo de courses, sont équipés d’appareils indiquant vitesse, moyenne, kilomètres parcourus ou encore pulsations cardiaques. Ces données apportent-elles vraiment quelque chose ?

 

Vitesse instantanée, moyenne, kilométrage journalier et annuel, pulsations cardiaques : la très grande majorité des cyclistes, surtout ceux qui pratiquent le vélo de course, n’ignorent plus rien de toutes ces données fournies par les compteurs et les cardio-fréquencemètres. La gamme des appareils mis sur le marché s’élargit, les indications se multiplient. Certains fournissent également la dénivellation, la température, la cadence de pédalage. En quoi tous ces renseignements sont-ils vraiment utiles ? Pierre-Alain Reymond, expert Jeunesse+Sport de cyclisme est très mitigé sur la question.

« La grande majorité des données fournies par un compteur sont superflues ou, en tout cas, n’apportent rien au sens du développement des qualités physiques », estime Pierre-Alain Reymond. Et l’expert J+S vaudois d’expliquer ses propos un brin provocateur : « En fait, tout peut être utile, à condition de ne pas en faire un but en soi. Prenons les trois données qui figurent sur n’importe quel appareil : la vitesse la moyenne et les kilomètres parcourus. Ce sont davantage des facteurs de stress que d’amélioration des qualités physiques. Quand vous êtes par exemple à la fin d’un sortie à 26,9 Km/h de moyenne, vous aurez tendance à tout faire pour atteindre 27. Vous y parviendrez peut-être, mais serez-vous fait du bien pour autant ? Pas sûr. Quand on se fixe sur sa moyenne, sa vitesse et ses kilomètres, on en oublie ses sensations, sa cadence de pédalage, sa gestuelle. Le cycliste doit être davantage à l’écoute de son corps et avoir un peu moins le regard figé sur ses appareils. A vrai dire, dans l’entraînement, la durée et l’intensité sont plus importants que les kilomètres et la moyenne . »

 

 

Cadence de pédalage essentielle

 

 

Pour Pierre-Alain Reymond, trois données sont essentielles pour progresser vraiment : la fréquencecardiaque, la cadence de pédalage et la puissance en watts. “Seule la fréquence cardiaque est utile dans la rééducation, mais n’a qu’un apport limité dans le développement des qualités physiques, précise-t-il. Dès l’instant où elle est combinée avec la cadence de pédalage et la puissance, elle permet de situer son niveau physique. En ce qui concerne la cadence de pédalage, elle devrait se situer en permanence autour de 90 tours minute, que la route soit plate ou pentue. Elle est donc plus importante que le braquet utilisé. La puissance est la résultante d’un double multiplication : force(en Kg) x longueur de la manivelle x cadence de pédalage. Nous avons fait un test sur une montée de 3 Km dans le Gros-de-Vaud. Nous sommes monté une première fois à 60 tours de pédale minute avec un braquet approprié. La deuxième fois, nous avons diminué le braquet, pour tourner les jambes à 90 tours minute. Nous avons réussi à atteindre la même vitesse, sans augmenter notre fréquence cardiaque, et nous avons économisé 30% de force. C’est dire combien il est faux de croire qu’on va plus vite avec un gros développement. Actuellement, un seul appareil fournit ces données, le SRM, et il est malheureusement très cher.”

 

Où se situe le seuil anaérobique ?

 

 

Connaître sa fréquence cardiaque quand on est en plein effort sur un vélo est une chose, être en mesure de la situer par rapport à son âge et à ses capacités cardio-vasculaires en est une autre. Le calcul théorique est simple à faire : en retranchant son âge de 220, on obtient la fréquence maximale, à ne jamais dépasser. Pour connaître le seuil anaérobique au-delà duquel on est comme on dit, « dans le rouge », il faut encore enlever le 10%. Prenons l’exemple d’un homme de 50 ans : 220-50=170 pulsations cardiaques au maximum. En ôtant le 10% de 170, on arrive à 153 pour le seuil anaérobique. « Il existe également un seuil minimal, en-deçà duquel on ne développe plus vraiment les qualités physiques, précise Pierre-Alain Reymond. Il se situe à 65% de la fréquence maximale. » Autrement dit. En reprenant l’exemple ci-dessus, entre 110 et 115 pulsations minute. La zone cible d’un homme de 50 ans oscille donc entre 115 et 150 pulsations.

Cela dit, ces données ne sont que théoriques. Pour qui veut connaître plus précisément ses capacités cardio-vasculaires. Un test chez un médecin est conseillé.

 

Bernard Morel

Comment faire du vélo après une atteinte cardiaque ?

 

Si on commence à faire du Vélo au-delà de l’âge de 30 ans sans avoir jamais fait de sport auparavant, quelles sont les précautions à prendre au niveau cardio-vasculaire ?

En l’absence d’histoire familiale ou personnelle de maladies cardiaques (hypertension artérielle, mort subite, infarctus du myocarde, maladie valvulaire, angine de poitrine), et considérant que le sujet, dans sa vie de tous les jours, ne présente ni vertige, ni sensation d’arythmie cardiaque, ni sensation d’oppression ou de difficultés respiratoires, la pratique du vélo pourra débuter sans nécessité de bilan particulier. Le début de cette pratique devra, bien entendu, être progressif, permettant à l’organisme, tant au niveau cardio-pulmonaire qu’au niveau musculaire (membres inférieurs), de se préparer (s’entraîner) à cette nouvelle charge physique.

Quels sont les risques liés à la pratique du vélo lorsqu’on a souffert d’un problème cardio-vasculaire, infarctus par exemple ?

La reprise progressive d’une activité physique (vélo surtout) fait partie de la quasi-totalité des schémas de réadaptation après atteinte cardiaque (infarctus du myocarde, intervention au niveau des artères coronaires, essentiellement). Cette reprise de l’activité physique devra pourtant être bien codifiée et contrôlée par les médecins rééducateurs ou cardiologues en charge du patient. Le reconditionnement du muscle cardiaque sera effectué selon des schémas actuellement bien connus, et chaque phase du réentraînement sera contrôlée par l’emploi du cardio-fréquencemètre. Des tests d’effort permettront de donner, à chaque stade de ce réentraînement, les fréquences cardiaques idéales pour que la pratique du vélo soit non seulement un plaisir, mais aussi un élément important de la réadaptation. Comme souvent en sport, le sujet peut faire plein d’activités, si le type d’activité et l’intensité de l’effort sont bien codifiés et choisis par un entourage compétent.

 

Les médecins du réseau romand de

Médecine du sport